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Afrique : Santé pour le plus grand nombre

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Bertrand Talbotier, Président de Piex Group

Bertrand Talbotier est Président de Piex Group, l’un des leaders de la distribution de produits de santé en Afrique. Expert de la santé sur ce continent, Il présente ici les valeurs de Piex, ses ambitions, ses défis à relever et l’avenir de la santé en Afrique.

Bertrand Talbotier, que pensez-vous du mouvement #blacklivesmatter ?

« Partout, aux États-Unis, en Europe, on a considéré la population noire sur la base de stéréotypes. C’est ce qui génère aujourd’hui le manque de reconnaissance et le manque d’insertion de cette population dans les rouages du monde, de nos sociétés et de nos économies.

C’est ce malaise qui s’exprime de façon puissante dans ce mouvement #blacklivesmatter. L’esclavage, l’asservissement d’une population qui n’a jamais été reconnue à sa juste valeur ni importance dans nos sociétés en sont la source.

Quand on regarde l’espérance de vie en Afrique, elle est encore aujourd’hui très faible, proche de 62 ans (à opposer à près de 80 ans en Europe et Amérique du Nord) et parfois juste au-dessus de cinquante ans dans certains pays (Somalie, Lesotho, Zambie, Ouganda…), une préoccupation là aussi du mouvement #blacklivesmatter. On commence seulement aujourd’hui à regarder sérieusement le continent africain. Cela veut dire qu’on aura pendant très longtemps ignoré ce qui s’y passait et que l’on n’aura pas mis les questions alimentaires, ni les questions de santé au premier plan. »

Voyez-vous un lien avec le positionnement de Piex ?

« Il est important de considérer que ce sont des communautés qui ont été longtemps très mal servies, très peu considérées en matière d’approvisionnement de produits de santé de qualité. Piex a donc dans son ADN d’y remédier…

Notre positionnement, «Life Provider» est d’être un contributeur, un acteur du changement qui va permettre d’amener sur ce continent une part croissante de produits de santé, de médicaments dans des conditions économiques qui soient viables et accessibles au plus grand nombre, y compris aux communautés défavorisées. »

Il faudra pour cela atteindre une certaine masse critique. Le Groupe Piex est-il en croissance ?

« La société, quand elle a été rachetée en Juillet 2017 dans le cadre d’un projet mené par mes soins et soutenu par un groupe d’investisseurs mené par LBO France, faisait environ 80 millions d’euros de chiffre d’affaire. Elle en fera, fin 2020, environ 140 millions d’euros. Elle s’est donc développée très vite par croissance organique et une première croissance externe avec l’acquisition de PharmaCDI, acteur lui aussi de la distribution en Afrique de l’Ouest.

Nous espérons conclure début 2021 une nouvelle acquisition avec l’intégration d’un partenaire en Afrique de l’Est avec lequel nous avons déjà tissé des liens commerciaux et partenariaux sur le partage et la couverture géographique de nos laboratoires respectifs.

Cela nous donne d’ores et déjà une force de frappe plus importante d’Ouest en Est et permet de faire la jonction transverse de tout le continent à l’exception du Maghreb et de la région de l’Afrique du Sud. Cette stratégie permettra à nos partenaires laboratoires pharmaceutiques et autres groupes de parapharmacie/cosmétique d’avoir un seul interlocuteur distributeur pour couvrir la myriade de pays de tailles variables sur cette très vaste zone géographique. »

Cette acquisition créera-t-elle beaucoup de changements pour Piex ?

« À la suite de cette acquisition, nous allons opérer non seulement comme distributeur mais aussi comme grossiste-répartiteur et comme agence de promotion médicale dans certains pays, notamment d’Afrique de l’Est Anglophone. Nous allons aussi passer à des effectifs beaucoup plus importants. Nous intégrerons par exemple près de 300 personnes au Kenya.

Pour Piex, le défi c’est d’arriver à s’adapter et ce rapidement et de répondre aux attentes de nos laboratoires pharmaceutiques et de nos clients grossistes répartiteurs, pharmacies, hôpitaux et cliniques privées… On le fait déjà en Afrique Francophone et on le fera d’autant mieux sur l’Afrique Anglophone où l’on pourra s’appuyer sur des compétences locales, sur des personnels locaux qui connaissent bien leurs marchés et qui ont la compétence et la connaissance fine de leur secteur. Plus on sera décentralisé, plus on sera à même de servir le marché demain. Ce doit être le fait de personnels locaux qui prennent des responsabilités opérationnelles fortes et qui bien sûr sont parfaitement intégrés dans le groupe Piex dans sa globalité. »

Entretemps, quels sont les défis relevés par Piex au quotidien ?

« Il y a d’abord la difficulté de faire circuler les médicaments, depuis les usines de fabrication et une fois qu’ils arrivent dans les principaux ports car il faut savoir que notre activité se répartit à peu près à 90% sur le maritime et à 10% sur l’aérien. Les hubs portuaires sont très importants mais ne couvrent pas, bien sûr, tous les pays : l’intérieur du continent est desservi par voies terrestres, par voies aériennes ou par voies ferroviaires quand elles existent. Donc les défis logistiques avec nos partenaires sont massifs et évoluent au gré de l’évolution des infrastructures mises en place dans les pays cibles.

Sur la crise COVID-19 : cette chaîne logistique a failli craquer. Elle a craqué sur l’aérien complètement et elle s’est maintenue mais de façon altérée sur le maritime. Production, exportation, distribution, tout cela a été extrêmement perturbé par la crise COVID-19. Nous devrons tirer des conclusions de cette crise majeure car elle a mis en exergue de façon criante les faiblesses et la fragilité du système actuel.

Ces failles aboutiront cette année à des aberrations flagrantes et à des injustices totales. La mortalité annuelle par exemple due au paludisme qui est en règle générale de l’ordre de 400 000 personnes pourrait s’élever selon les analystes à près de 770 000 morts causés par les retards d’approvisionnement en médicaments anti-malaria. Un véritable drame que nous ne devons pas occulter. C’est la résultante directe de cette crise et des défaillances du système, des mesures de confinement aussi, de la fermeture de certaines frontières terrestres, maritimes, aériennes… il en sera de même pour les autres pathologies meurtrières sur le continent (VIH, tuberculose…). Autant dire que le COVID-19 qui a relativement peu tué sur le continent aura fait et fera plus de victimes indirectes. Et ce très largement. Je ne parle pas là des conséquences dramatiques aussi sur l’accès à l’alimentation et aux famines qui en découlent.

Il y a un autre enjeu majeur qui est la gestion et le management de la corruption tout au long de la chaîne de valeur qui va de la distribution jusqu’à la dispensation des médicaments dans les pharmacies aux patients finaux. Nous devons être vigilants à tout instant pour s’assurer que nos produits originaux, de qualité, arrivent bien jusqu’au patient final. Sans laisser de place à une forme de porosité dans laquelle la contrefaçon puisse s’insérer.

Nous parlons au bas mot de 300 000 victimes, chiffres de l’OMS, et certains chiffres officieux qui circulent auprès d’autres organisations parlent de 600 000 à un million de personnes qui meurent chaque année de contrefaçons de médicaments sur le continent Africain. Donc il y a vraiment de la part de ces acteurs peu scrupuleux et criminels une indécence totale.

C’est un enjeu sur lequel je suis mobilisé depuis près d’une quinzaine d’années, depuis que je m’occupe en particulier du continent Africain par des actions de conseil aux Etats. Avec Piex, j’ai trouvé un vecteur supplémentaire encore plus puissant puisque je passe d’un rôle de conseil, de pointeur de cette problématique, à acteur dans la distribution des médicaments.

Dans le projet Piex, il y a l’idée de maîtriser la chaîne de valeur verticalement en intégrant des activités synergiques et apportant une différentiation auprès de nos partenaires. Il est ainsi possible qu’un jour nous opérions sur une forme renouvelée et moderne du Retail.

Vous avez la grande partie de la population qui est très démunie et sur laquelle il faut avoir un regard particulier parce que c’est cette partie de la population qui est sensible à la contrefaçon,  le coût des médicaments étant un enjeu majeur pour accéder aux médicaments authentiques. L’Afrique a la part de contrefaçon la plus importante au monde. Cela rejoint les préoccupations de #blacklivesmatter car il est inacceptable de continuer dans cette direction et nous nous devons de collectivement agir pour lutter contre ces pratiques criminelles. »

Jusqu’à quel point peut-on maîtriser la chaîne de distribution ?

« Jusqu’au patient final. Nous avons en ce sens un projet Retail qui est un projet innovant potentiellement pour le groupe. Dans ce projet de magasins, nous prévoyons d’avoir non seulement des médicaments mais aussi des produits de bien-être et des produits de beauté et une myriade de services.

C’est un projet très innovant, très disruptif, parce que l’on passe d’un modèle qui a été copié-collé sur des modèles occidentaux à un modèle qui est adapté, intégré à l’environnement local et qui donne un accès tout particulier au patient, en fonction de ses revenus, à toute une multitude de services et de médicaments et produits de santé/beauté de qualité à l’intérieur d’un même espace.

Quand je dis une multitude de services, il s’agit par exemple de diagnostics rapides. On sait aujourd’hui faire du diagnostic rapide sur le VIH, sur le COVID-19, sur le diabète et autres pathologies cardiovasculaires. Tous ces tests pourront se faire à l’intérieur de nos espaces. Il sera possible d’accéder à des services de télémédecine, à de l’information aux patients, aux communautés locales sur une pathologie particulière ou sur une problématique de santé importante à l’échelle locale. L’offre sera complète et permettra un accès de façon holistique à tout ce qui est primary care à l’intérieur de ces espaces. »

En sus de votre partenaire financier LBO France, l’Afrique est-elle à l’agenda des investisseurs ?

« Depuis cinq ans, il y a un momentum qui va dans le sens de la convergence d’intérêts vers la dualité des secteurs Santé – Afrique. Et là il y a un marqueur qui a été massif dans tous les esprits, c’est cette crise COVID-19. Beaucoup d’investisseurs se sont aperçus que les entreprises qui avaient une résilience et une résistance extrêmement importante durant cette crise sanitaire étaient justement les entreprises de santé et en particulier celles œuvrant non pas sur les marchés matures comme l’Europe ou les États-Unis mais ceux des  pays où il y a encore  beaucoup à faire, à structurer, à développer. Et donc le continent Africain en particulier.

La convergence des besoins en santé qui sont en croissance et de la démographie d’un continent jeune a poussé les investisseurs à changer de considération et à regarder ce secteur-là comme étant un secteur très attractif.

La preuve en est que je suis de plus en plus sollicité par des fonds d’investissement qui ont entendu parler de Piex, qui regardent ce que l’on fait et qui se disent « on aimerait en faire partie », on aimerait vous accompagner, le sujet nous intéresse, Il est capable de gérer de la croissance, et je dirais presque sans limite.

La réalité c’est qu’aujourd’hui un acteur de la distribution du médicament qui fait la taille de Piex (près de 150M€ de CA), pourrait demain devenir un acteur clef en Afrique et atteindre un à deux milliards d’euros de CA. On voit bien qu’il y a une convergence d’intérêts qui permet de dire «Oui, on peut maintenant faire à la fois du bien et gérer de la croissance financière et des résultats sur le continent africain.». C’est ce message optimiste qui permettra de débloquer des moyens financiers plus importants pour le continent africain et qui permettra d’améliorer à terme la santé du plus grand nombre et d’accroître enfin l’espérance de vie de façon significative. Le jour où cette dernière aura rattrapé celle des autres continents alors nous pourrons parler de justice sociale et d’équité dans le monde. »

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